Publié le 18-11-2017

Le tireur de Libération dit avoir agi par désespoir

L‘auteur d‘attaques au fusil à pompe contre BFM TV, Libération et la Société générale en novembre 2013, Abdelhakim Dekhar, a déclaré vendredi, au premier jour de son procès, avoir commis “l‘irréparable” par désespoir.



Le tireur de Libération dit avoir agi par désespoir

Deux décennies après sa condamnation à quatre ans de prison dans le procès des amants “tueurs de flics” Rey-Maupin, dont il ne fut qu‘un comparse, il est de retour aux assises en prévenu mais garde une grande part de son mystère.

A 52 ans, il est jugé pour tentatives d‘assassinat. Il lui est reproché d‘avoir menacé le 15 novembre 2013 des journalistes et un agent de sécurité de BFM TV avec un fusil à pompe, blessé grièvement trois jours plus tard un photographe dans le hall du quotidien Libération et tiré le même jour sur les locaux de la Société générale à la Défense, près de Paris.

Il avait ensuite contraint sous la menace un automobiliste à le conduire sur les Champs-Elysées et n‘avait été arrêté que le 20 novembre 2013, sur dénonciation d‘un ami.

Sébastien Simonian-Lemoine, qui avait hébergé Abdelhakim Dekhar, avait mené les policiers jusqu’à un parking de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine) et à la voiture de sa soeur, dans laquelle ils l‘avaient trouvé dans un semi-coma médicamenteux.

Aujourd‘hui sous contrôle judiciaire et employé comme contrôleur de gestion, cet homme de 36 ans est pour sa part jugé pour recel de malfaiteur et destruction de preuves.

Abdelkhader Dekhar est longuement revenu sur son “combat politique”, dont il a situé les origines dans son histoire familiale : une famille algérienne “spoliée”, dispersée et “prolétarisée” par la colonisation française, dont plusieurs membres ont été tués pendant la guerre d‘indépendance ; des parents “très marqués à gauche et engagés politiquement” dans la Lorraine de la crise sidérurgique.

“J‘ai essayé d’échapper au déterminisme social qui nous était imposé”, a-t-il expliqué à la barre.

En détention provisoire depuis novembre 2013, il a dit avoir fait un “travail d‘introspection” et reconnu que les blessures infligées en 2013 au photographe César Sébastien, à Libération, était une “grave injustice”.

“Il faut dissocier la personne que je suis, 35 ans de militantisme, et les faits qui me sont reprochés”, a-t-il expliqué. “Ce qui fait que je suis ici n‘est pas la résultante d‘un combat politique mais d‘un désespoir.”

Il attribue ce désespoir à l‘accumulation d‘un divorce douloureux, du décès de son frère d‘une tumeur, de l’échec d‘un projet d‘entreprise en Grande-Bretagne et de déboires avec la justice britannique qui ont conduit à la perte de son travail de technicien de maintenance.

“C‘est ça qui m‘a fait commettre l‘irréparable”, a-t-il ajouté. “Je n‘ai voulu à aucun moment m‘en prendre à la personne humaine. Je voulais m‘en prendre à la structure et le but était de me suicider (...) J‘ai voulu scénariser ma mort.”


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